Habit’Art: Maury reçoit Amandine LASA

Cela a été un bel appel à candidature, avec une trentaine de projets issus de plusieurs pays et de toutes les tendances possibles en art contemporain. Plusieurs candidats nous ont proposé des interventions bien ancrées sur le territoire, en dialogue avec nous questions, le paysage et les habitants. Un régal à lire et une envie de les recevoir plusieurs pour construire et les voir construire leurs oeuvres et leurs interactions avec le terroir et avec nous.

Des si beaux projets et des si beaux parcours artistiques nous ont rendu la tâche difficile et nous sommes arrivées au jury sachant que nous aurions un bon boulot devant nous. Finalement, le choix s’est fait selon ce qui nous a paru le projet le plus en résonance avec notre territoire en ce moment spécifique autant du point de vue de la création que de la médiation.

Le jury était composé par Claire Muchir, conservatrice du musée de Collioure, par Charles Chivilo, le maire de Maury, Christelle Alonso et Marie-José Beyssac, qui répondent pour la culture, l’éducation et les actions sociales dans le village et par Alessandra Monachesi Ribeiro de 3C.

Un grand merci au jury pour son travail et à tous les artistes candidats qui nous ont bien motivés par la qualité de leurs parcours et de leurs projets.

Et c’est l’artiste Amandine LASA notre lauréate pour Habit’Art: Maury!

Artiste dessinatrice et plasticienne, Amandine Lasa est née à Paris et elle habite et travaille dans l’Hérault.

En parallèle de sa fréquentation au « MCS Crew » où elle pratique l’art du Graffiti, Amandine Lasa obtient une licence en Langue et Littérature des Civilisations Etrangères. Passionnée par les rapports entre la pensée et le langage ainsi que par ceux entre l’esprit, la main et la matière, elle se forme à l’ébénisterie et ouvre son atelier en 2005.

Sa pratique artistique s’articule autour d’une réflexion sur la matière, ses états et ce que nous en percevons, questionnement notamment induit par son activité première d’ébéniste-designer.
Le travail du bois, entre autres, implique une approche, une écoute particulière qui permet de deviner les multiples tempéraments de la matière. Vient ensuite l’envie de saisir, afin de le retranscrire ultérieurement, le dialogue qui s’installe au travers de gestes mille fois répétés, de ressentis quotidiens, d’intuitions naissantes.

Depuis 2014, le rapport entre l’esprit et la matière occupe la majeure partie de son travail. Elle débute une série de dessins qu’elle continue aujourd’hui. Pour ces dessins qu’elle réunit sous le titre Matière Noire / Matière Grise, elle utilise un outil unique: un feutre fin. Avec la technique du « 3 points / seconde », les matières et les formes émergent dans un martèlement mécanique produisant une succession de points.

Les créations d’Amandine Lasa traduisent cette immersion dans un univers au sein duquel trames intérieures et extérieures sont subtilement intriquées, mettant en relief les empreintes laissées par le contact avec le «réel». Questionnant leur unité réciproque, spatiale, temporelle, une multitude de points appliqués au feutre fin sont autant d’instants éparpillés sur le papier. Une matière émerge, alternative, instable et éphémère au regard du temps.

«Mon travail se focalise sur la représentation graphique de matières subjectives, entre chaque point un espace, une suspension, un saut vers… »

Le projet

« Mon projet s’articule autour du rapport entre paysage et culture, ou comment l’homme se façonne à l’image du territoire qu’il occupe.

Le relief très particulier du géosynclinal du Fenouillèdes crée un espace de vie qui a une incidence sur les usages et les modes de vie des populations présentes. Ces modes de vie sont caractérisés par un rapport au sol propre aux habitants du territoire. Cultures, architecture et habitat, langage…

C’est cet aspect, d’une l’interaction entre l’Homme et son milieu qui m’intéresse ici, et notamment le rapport entre formation géologique et langage.

Etablir un parallèle entre formation géologique et langage me parait particulièrement pertinent sur le site du Fenouillèdes qui constitue une enclave de langue Occitane au sein d’une zone de langue Catalane. Notons que le terme « enclave » appartient au champ lexical de la géologie et de la linguistique.

Le langage, à l’image des formations géologiques, se repartit sur le territoire formant plis et contreplis, enclaves et promontoires, faisant écho aux mouvements du relief.

Plutôt qu’une opposition entre les différentes langues, je souhaite mettre en valeur la façon dont elles s’imbriquent et se meuvent à l’image des roches métamorphiques. Elles sont une matière vivante en constante évolution tout comme les strates géologiques.

Mon travail sera graphique dans un premier temps :

Par le dessin, je propose une lecture du paysage qui consiste en un relevé des roches et reliefs géologiques présents alentours et qui délimitent le Fenouillèdes et la vallée de l’Agly.
Contrefort des Pyrénées, corbières, flancs du fenouillèdes, Synclinal et mouvement des sédiments.
Il ne s’agit pas d’un relevé scientifique, mais plutôt d’une interprétation en rapport étroit avec les éléments présents. Cette première approche consiste en une décomposition du paysage pour en extraire les affleurements rocheux afin de mieux saisir la composition, les reliefs et les différentes strates qui composent les sols.

Par le dessin, je souhaite intégrer le langage de façon graphique au sein des strates et formations géologiques. L’idiome faisant corps avec la roche afin de proposer une cartographie onirique d’une « géo-linguistique locale ».

Le choix des mots et expressions parlées et/ou chantées devra se faire avec les habitants du village après les premiers échanges autour du projet. Ce sont leurs mots que je souhaite intégrer à mon dessin, tenant compte de l’affect que représente l’usage d’une langue.

Dans un second temps et en parallèle, la réalisation d’un volume recréant un « Cailloux-racines » :

Comme extension du dessin, le volume me permet de poursuivre mes recherches en y intégrant des matières locales ; terres, branchages, racines…expressions Occitanes. Les racines étant a mettre en perspective avec la linguistique. Le choix des matériaux physiques comme idiomatiques étant ici aussi source de dialogue et de concertation.

La pâte de carton constitue la matière de base de mes volumes, à laquelle seront ajoutées différentes terres locales qui en modifie la couleur et l’aspect, liant la pièce à son milieu. L’utilisation de matériaux de récupération et sans impact environnemental est primordiale dans ma démarche et est un sujet que j’aime aborder lors des différents échanges.

La rencontre est la composante indispensable à la réalisation de ce projet.

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