Paysages liquides

« Paysages liquides: entre art et terroir » – premier acte

Le paysage… notre terroir ?

Nous marchons sur les fonds marins. Les empreintes des coquillages sur nos calcaires, nos marnes et nos schistes racontent l’époque où notre terre était océan. Le paysage éternel n’est que question de temps.

Le paysage en arts plastiques rejoint la discussion sur l’image. Ce qu’on voit sur une image, est-ce bien la réalité ? Ou est-ce plutôt une construction qui offre une certaine perspective sur le réel ? Le paysage, ce mot inventé par les artistes et les écrivains du moyen âge, décrit plutôt le monde vu sous la perspective de l’homme.

La nature qui précède l’homme est un obstacle à dompter. On subit le paysage pour ensuite le contempler, la nature étant synonyme de tout ce que l’homme met en dehors de son monde civilisé.

Le paysage est liquide, changeant au cours des ères géologiques autant qu’au long du petit temps de l’homme et de son labour. Le terroir, mot cher à tous les gens dans notre coin du monde, n’est que la rencontre entre la main de l’homme , son travail sur la nature domptée, et cette nature qui s’insurge et qui change. Comme si les viticulteurs faisaient quotidiennement l’expérience de ce que les artistes ont inventé : la nature perçue sous la perspective de l’humain, la nature cadrée par le regard de l’homme.

L’homme qui apprivoise la nature le fait pas à pas, un cadre après l’autre, se laissant imprégner par le paysage jusqu’à le posséder dans ses viscères.

Quand le paysage se liquéfie, au long d’une marche, des saisons, des années ou des ères, nous sommes mis devant l’impermanence de toute chose. Le paysage – l’idée d’un monde figé par excellence et qui s’offre à notre regard et à notre appréciation – c’est liquide.

Le thème du paysage dans l’art à ceci en commun avec le thème de l’image. C’est un élément du réel figé comme une image qui elle, capture et cristallise un point de vue humain. En cela, l’intérêt des artistes est mobilisé dans la mesure où l’image c’est un montage, un artifice, un collage, une fiction. L’artiste est pour l’image ce que le vigneron est pour le vin : un assembleur.

Mais qu’en est-il quand l’image, le paysage ou le vin ne s’assemblent pas ou plus dans quelque chose de stable, de rassurant et de cohérent ? Ce perpetuel mouvement d’un paysage liquide peut paraitre une menace alors que, en suivant le pas des artistes – et des vignerons, d’ailleurs – on constate qu’il n’est que sa propre nature. Dans la nature, il n’y a pas de paysage sauf pour le besoin humain de figer le mouvement pour l’apprivoiser.

Le paysage c’est l’artifice de l’homme pour concevoir une nature qui le dépasse toujours, d’autant plus qu’il en fait partie. L’inconscient de la nature, l’idée de paysage le dévoile : c’est l’homme et son besoin de figer la vie sous une perspective. L’inconscient de l’homme : la nature et son perpétuel mouvement.

Le paysage naturel devient paysage urbain qui devient paysage corporel qui devient paysage intérieur et subjectif. Il est d’autant plus subjectif qu’il souhaite « portraiter » la réalité. Il suffit de la poser la question a un photographe. C’est comme la construction d’un lexique, l’écriture transformée en paysage. Son essence c’est le mot, le trait, la main de l’artiste qui s’y plonge et qui essaie d’en sortir l’essentiel. Qui ne reconnait pas une montagne – sa montagne – dans ce simple trait sur le papier ? Le paysage c’est peut-être avant tout une mémoire affective d’un lieu vécu.

Lorsque nous contemplons un paysage, est-ce le passé et le passage du temps qui nous émerveille ou est-ce plutôt cette précipitation vers le futur dans lequel nous ne serons que mémoire ?

Quand les artistes s’intéressent au paysage de nos jours, ils ne peuvent le faire que sous une prise de position. Ils dénoncent son artifice, ils ironisent sa perception en tant que « seule vraie nature », ils en montrent le biais subjectif, ils y transitent comme des randonneurs ou comme des funambules entre en figer ou en accepter le mouvement.

Dans un coin de ce coin du monde, l’homme quitte son chez soi pour une énième journée. C’est le temps de la taille. Il marche sur cette terre une énième fois sur le pas de ses ancêtres. Le terroir c’est quelque chose de spécial pour lui. C’est son paysage. C’est sa découverte et son trésor, quelque chose dont il n’est pas totalement l’auteur mais pour laquelle il a quand même apporté son grain de sable. Le terroir, c’est son paysage, une appropriation de quelque chose issue du temps, de la vie et du mouvement. C’est un arrêt sur l’image… en forme de vin. Est-il l‘artiste du terroir ?

Il subit cette image romantique du terroir. Nous subissons nos paysages-images. Et notre réconfort c’est qu’elles demeurent liquides. Car leur mouvement inexorable autorise le nôtre, leur liquéfaction nous libère pour passer d’un cadre à autre. Une phalène qui s’envole pour son dernier vol, un cocon qui se libère de sa carapace d’acier, un arbre mort qui devient œuvre d’art, un paysage qui devient jeu de couleurs, de lumières et de forces… Un lieu emblématique qui se fond dans son négatif éclairé, un collage perpétuel d’un paysage qui ne se refait plus, une quête des origines qui crée à chaque fois son énième début, un paysage qui se défait en traits, une montagne qui devient calligraphie, une montagne qui devient poésie… Un monument qui se défait dans son abstraction, un paysage plastique qui dévoile la mort de tout sens, un paysage qui coule en pixels recomposés… Paysage technologique, carte tridimensionnelle des morceaux du réel… Paysage censé être réel qui n’est pour finir qu’une reconstruction technologique … d’une construction graphique … un Cézanne ? Nos paysages liquides. »

Alessandra MONACHESI RIBEIRO

Février / 2021

Paysages liquides – 1er acte: les infos

Activités Pendant les expositions:

Visites guidées de l’exposition
  • Visites guidées organisées et animées par les bénévoles de l’association.
  • Visites guidées supplémentaires possibles dans le cadre des activités scolaires et/ou périscolaires : actions réalisées en partenariat avec une institution scolaire et dans le cadre de la discipline de l’enseignant pouvant accompagner le projet.
Ateliers et stages artistiques pendant l’exposition « Paysages liquides – 1er acte »
  • 8 ateliers de 2 heures chacun, animés par les artistes présents à l’exposition, notamment les mercredis et les samedis, sur salle annexe aux salles d’exposition.
  • Ateliers adaptés pour tous les publics, sous inscription au préalable.
  • Ateliers supplémentaires possibles dans le cadre des activités scolaires et/ou périscolaires : actions réalisées en partenariat avec une institution scolaire et dans le cadre de la discipline de l’enseignant pouvant accompagner le projet.
Causeries publiques de l’association 3C
  • Une Causerie Publique organisée et animée par les bénévoles de l’association à l’occasion de cette exposition sur la commune de Rivesaltes.
  • Les réunions auront lieu sur une salle annexe aux salles d’exposition.
  • Cette action peut être réalisée en ligne si les conditions sanitaires l’exigent. Elle peut aussi être enregistrée et diffusée sur notre chaîne YouTube par la suite.

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