Ce vendredi 4 octobre l’association 3C a eu le plaisir de recevoir l’artiste Steve Golliot-Villers. De cette rencontre, le billet fut particulièrement attentif à la question du corps de l’artiste et comment celui-ci est un tamis[1] de l’histoire qui se déroule. Steve Golliot-Villers nous rappelle comment pour lui tout fait matière ; évidemment les arts qui l’ont formé tels que la musique, la peinture, le cinéma mais aussi le quotidien, les relations, les émissions d’Arte, l’humour, etc. Tout est transformé sur le papier, en noir et blanc. Cette multitude d’influences est une source féconde pour notre artiste, et ce vendredi
donc, il fut présent pour exposer son œuvre.

La présence de l’artiste serait indissociable de la conception de l’art contemporain. C’est ce que la chercheuse française, Nathalie Heinich, affirme dans son livre consacré à ce dernier. Elle défend le concept de centralité de l’artiste qui serait le meilleur ambassadeur de sa création. Cette révolution posturale serait à mettre en lien avec les notions de sens, de narration, d’explication que l’on recherche si souvent dans l’art contemporain. L’extrait qui suit n’est en rien prescriptif, il permet uniquement d’irriguer
un peu plus une démarche critique face au paradigme de l’art contemporain.

HSV

« Ce n’est pas un tableau ! », s’exclama Iris Clert lorsque Yves Klein lui montra pour la première fois l’un de ses monochromes ; puis « elle se laissa séduire par « cette espèce de folie mystique ». Le charisme de l’artiste et la puissance émotionnelle de ses propositions avaient opéré la conversion ».

La présence de l’artiste en personne n’est pas de trop, on le voit ici, pour emporter l’adhésion du spectateur, et même du spécialiste, lorsque l’œuvre rompt trop manifestement avec les attentes esthétiques. Voilà qui illustre bien ce glissement assez spécial qu’opère l’art contemporain quant à la présence de l’artiste, désormais relativement détachée, ou détachable, de la fabrication de l’objet destiné à faire œuvre, mais devenue centrale voire indispensable quant à ce qui se passe en aval de la création, avec la mise en circulation ou la publicisation de l’œuvre dans le monde de l’art – mise en circulation qui d’ailleurs, conformément à la logique d’extension de l’œuvre au-delà de l’objet, peut être considérée comme faisant partie de l’œuvre elle-même. Désormais le travail de l’artiste s’objective non seulement dans la matérialité d’une chose produite par lui, mais aussi dans des actes , et ce au-delà même de ce genre reposant par définition sur l’action qu’est la performance. De cette centralité de la présence de l’artiste en personne dans le monde de l’art, certains ont fait la matière même de leur œuvre.

Nathalie Heinich, Le paradigme de l’art contemporain, Structures d’une révolution artistique, 2014 Gallimard, p.166-167

[1]Expression empruntée à l’écrivaine Marie-Hélène Lafon

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