C’est un paysage liquide inquiétant que le billet vous glisse cette semaine. La plume de l’écrivain français Henri Bosco nous accompagnera pour ces jours à venir.

Il n’aura de cesse de convoquer dans son œuvre, la nature, l’enfance, et son cher Lubéron. Décrivant cette nature, il nous enjoint à la toucher du doigt, à la caresser. Pour cette fois-ci, le billet n’y tient pas ; car il expérimente délicieusement la peur de l’enfant, terré sous ses draps, quand la nuit venue, la matière figée est plus menaçante que n’importe quelle source de vie.

HSV

L’eau !…un bassin immense !…Et quelle eau !… Une eau noire, dormante, si parfaitement plane que nulle ride, nulle bulle d’air, n’en troublait la surface. Pas de source, pas d’origine. Elle était là depuis des millénaires, et y restait surprise par le roc, elle s’étendait d’une seule nappe insensible et était devenue, dans sa gangue de pierre, elle-même, cette pierre noire, immobile, captive du monde minéral oppressif elle avait subi la masse écrasante, l’entassement énorme. Sous ce poids, on eût dit qu’elle avait changé de nature, en s’infiltrant à travers l’épaisseur des dalles de calcaire qui retenaient le secret. Elle était devenue ainsi l’élément fluide le plus dense de la montagne souterraine. Son opacité et sa consistance insolite en faisait comme une matière inconnue et chargée de phosphorescence dont n’affleuraient à la surface que de fugitives fulgurations. Signes des puissances obscures au repos dans les profondeurs, ces colorations électriques manifestaient la vie latente et la redoutable puissance de cet élément encore assoupi. J’en frissonnais.

Henri Bosco, L’antiquaire, p. 154

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