Windmaker. Kika Nicolela. Vidéo. 2007

Dans son très beau projet en faveur des personnes en situation de handicap, la présidence de la république énonce une vérité fondamentale : Nous avons trop longtemps pensé que l’on pourrait parler des personnes en situation de handicap sans parler aux personnes en situation de handicap.

Les questions essentielles de l’accessibilité aux structures de soin et d’accompagnement, de la disponibilité des aidants naturels, de la recherche étiologique et sur les modalités d’accompagnement, le soutien à l’emploi font l’objet de plans et de prospectives.

Pour avoir travailler avec des adolescents autistes asperger en situation de handicap psychique et cognitif, tout comme avec des jeunes adultes tetraplégiques qui s’engageaient dans une formation dans le domaine de la plongée sub aquatique, j’ai surtout constaté que ces jeunes gens trouvaient dans cette pratique … une bouffée d’oxygène…

Bouffée d’oxygène de découvrir et pratiquer une discipline originale, valorisante, en apesanteur, loin de la lourdeur de leur vie.

Bouffée d’oxygène de partager un moment avec des experts de la discipline sub aquatique qui avaient travaillé avec eux sur leur besoin, sur la manière de les respecter, qui partageaient leur passion et échangeaient une part d’humanité. Et ce, sans s’interdire d’être des êtres humains,  qui pouvaient aussi moquer la paresse d’un jour de l’un ou exploser quand un autre prenait des risques inconsidéré dans la pratique sportive ou le respectait des règles  de sécurité. J’y ai vu une communauté humaine.

Parce que je travaille sur la partie technique du handicap psychique, cognitif et mental des enfants qui présentent des troubles neuro développementaux, j’ai voulu m’ouvrir à la partie humaine, au travers des pratiques sportives et artistiques appropriées, avec un regard qui est un improbable mélange d’un novice et d’un expert.

Des avancées notables ont été faites en terme d’accessibilité matérielle des lieux d’exposition en termes de réflexion autour des besoins des personnes malentendantes et mal-voyantes …. Mais il reste que sur les près de 500 000 enfants qui ont une reconnaissance de leur handicap par la Maison Départementale pour les Personnes Handicapées, plus de 75 % présentent un handicap cognitif, mental, de langage ou psychique selon la grille diagnostique utilisée par cette instance. Et que malgré les actions menées, ils resteront des adultes impactés dans leur développement, avec comme conséquence l’émergence péjorative toujours possible d’un handicap (ou d’une gêne) social.

La déclaration universelle des droits de l’homme proclame un droit à la culture difficilement accessible dans les faits pour les personnes en situation de handicap. Il faut mettre en œuvre une énergie considérable pour permettre à une personne en situation de handicap d’exprimer son talent et passer au dessus de la censure sociale. De même, développer une offre en matière de spectacle accessible à tous n’est pas aisé. Dans le domaine des arts contemporains, on en est-même à faire l’effort ubuesque de ne rendre l’art accessible qu’à une élite intellectuelle qui vit dans l’entre-soi…

3 dimensions attirent notre attention qui constituent des politiques d’action différentes :

En posant un questionnement en « Comment », vous pourriez attendre une réponse en « comme ça ».

Mais pas de chance, je ne détiens pas tous les vérités, et sans doute faut-il dialoguer avec les personnes en situation de handicap pour avancer dans nos réponses, évidence même ….

Je conclurai  simplement sur à quoi ça,… ça sert :

  • Aider une personne en situation de handicap à devenir un artiste, c’est lui offrir une place dans la société qui valorise ses aptitudes. C’est offrir une autre représentation à un public qui vient voir un handicapé sur les planches et qui découvre un spectacle. En travaillant avec l’individu, sur ses potentialités, on travaille sur la représentation sociale du handicap
  • Utiliser les axes pédagogiques artistiques, c’est permettre à un enfant de devenir citoyen dans un champ qui existe depuis des millénaires, celui de la création humaine, « gratuite », « inutile », mais qui est justement celle qui est au cœur de notre humanité.
  • Travailler sur l’accessibilité, c’est respecter l’altérité, et ça va bien au-delà du handicap proprement dit, c’est offrir les richesses de notre monde aux plus humbles d’entre- nous.
  • Qui va guérir une personne en situation de handicap avec l’art : Personne….
  • Qui a cette prétention ? Certains
  • Alors que faire ?  Si l’on écoute Platon, L’art est un simple effet de miroir : il ne livre que l’extérieur des choses, leur apparence sensible. N’avons-nous pas besoin de cette apparence sensible, encore plus aujourd’hui où les valeurs humaines se délitent ? Si depuis des millénaires, la création artistique, longtemps réservée à l’élite, participe à son épanouissement, à sa richesse intellectuelle et humaine, ne devons-nous pas travailler pour que ce joyau de la création humaine, miroir qui nous permet aussi de nous regarder soit mieux partagé, et dans cette période de clivage et d’indifférence humaine, puisse participer à réunir les uns et les autres dans une citoyenneté où nous sommes tous égaux ? Ou presque ….

(Christophe DACLIN est pédopsychiatre, spécialiste dans les troubles du développement et les troubles du comportement chez le enfants. En plus de son activité médicale, il est membre de l’association 3C: Calce Culture Contemporaine et il est notre responsable du projet 3C pour les publics spécifiques.)

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